Surveillance des glaciers et teledetection
La glaciologie est au fond une science de mesure. Toute affirmation sur le recul, la perte de masse ou la contribution au niveau de la mer repose sur des chiffres recueillis par quelqu'un, quelque part, avec un metre, un piquet, un avion ou un satellite. La trousse a outils s'est enormement etoffee depuis les premieres mesures du XIXe siecle ; c'est la combinaison des methodes qui donne le tableau global.
Pourquoi surveiller
Les glaciers sont l'indicateur le plus propre du changement climatique. Ils n'ont pas d'agenda politique ; ils fondent parce qu'ils fondent. Un enregistrement global coherent de leur evolution est un des piliers empiriques les plus solides du climat.
Mesures par piquets sur la glace
La methode classique. On enfonce un piquet dans la glace a l'automne, on mesure ce qui depasse. On revient a l'automne suivant ; la difference est l'ablation. Combinee aux mesures de puits dans la zone d'accumulation, elle donne le bilan de masse annuel.
Radar geologique (GPR)
A pied, tracte ou aeroporte au-dessus de la glace. Revele la stratigraphie interne, la topographie du lit et la teneur en eau. Indispensable pour passer des mesures de surface au volume total.
Lidar aeroporte
La telemetrie laser depuis avion produit des modeles d'altitude decimetriques. Des survols annuels ou biennaux donnent le changement de volume directement. Outil standard pour les glaciers suivis en Suisse.
Imagerie optique satellitaire
Landsat (depuis 1972), Sentinel-2 (depuis 2015), ASTER, fournisseurs commerciaux. Utilises pour la position du front, les zones de velage, la limite des neiges et les couvertures de debris. Gratuits et globaux.
Radar a synthese d'ouverture (SAR)
Sentinel-1, RADARSAT, ALOS-PALSAR. Voit a travers les nuages et de nuit. Sert aux mesures de vitesse de glace par suivi de motifs et interferometrie. A revele les vitesses des courants glaciaires groenlandais et antarctiques avec un detail inegale.
Altimetrie satellitaire
ICESat-1 (2003-2009), ICESat-2 (depuis 2018), CryoSat-2 (depuis 2010). Mesure d'altitude directe, surtout sur les inlandsis. Vital pour le bilan du niveau de la mer.
GRACE et GRACE-FO
Satellites de gravimetrie. En mesurant de minuscules variations du champ gravitationnel terrestre, ils detectent les changements de masse des inlandsis et des grands systemes glaciaires. Principale source de bilans de masse independants pour le Groenland et l'Antarctique.
Drones (UAS)
Les petits drones produisent aujourd'hui des modeles d'altitude centimetriques pour glaciers individuels. Ils ont transforme le suivi des petits glaciers de recherche pour lesquels l'avion etait trop cher.
Combiner les methodes
Aucune technique ne raconte toute l'histoire. Les piquets donnent un bilan local au sous-metre, mais en quelques points seulement. Les satellites donnent une couverture mondiale a resolution plus grossiere. Les reanalyses recomposent un enregistrement global coherent.
Donnees ouvertes
GLAMOS (suivi glaciaire suisse), WGMS (World Glacier Monitoring Service), IMBIE et bien d'autres publient leurs donnees librement. La science des glaciers est l'une des disciplines de sciences de la Terre les plus transparentes.
De la lecture au projet
Filtrer "surveille" sur la carte interactive pour voir les glaciers a suivi scientifique actif, avec liens vers les enregistrements publics de bilan de masse — utile pour les etudiants serieux.